Bedycasa : l’incarnation du rêve français dans l’économie collaborative du tourisme

Magali-Boisseau-Becerril-BedycasaBedycasa est une plateforme de mise en relation entre les voyageurs et les hébergeurs existants dans le monde entier. Face à ses concurrents internationaux, l’entreprise française compte parmi les pionniers de l’économie collaborative dans le tourisme et ne souhaite certainement pas en rester là !

Interview de la sémillante Magali Boisseau Becerril (fondatrice et CEO de Bedycasa) fraîchement élue Femme Entrepreneur Digital de l’année lors de la Journée de la Femme Digitale du 7 mars dernier. #ClapClap

Une success story à la française

[blog-etourisme.com] Magali, peux-tu te présenter en quelques mots ?

[Magali Boisseau Becerril] Française d’origine espagnole, je vis et travaille à Montpellier. Je suis également la Présidente de la fédération UnionWeb qui regroupe les principaux acteurs du web français. Fille de coiffeur et de journaliste, j’ai fait mes études à l’Université d’Orléans (LEA) puis suis partie à l’étranger aux États-Unis, en Angleterre, en Italie, en Espagne puis au Mexique pour finir par un Master en commerce international à l’Université d’Avignon spécialisé dans les pays hispanophones et anglophones. Avant BedyCasa, j’ai travaillé dans l’immobilier, l’export et pour la marque Pink Lady où je parcourais le globe 10 mois sur 12 pour y mettre en place des plans d’actions marketing dans une dizaine de pays. Ces voyages m’ont confortés dans l’idée de créer BedyCasa.

Qu’est ce que Bedycasa ?

Le principe de Bedycasa est d’organiser de façon sécurisée un marché existant qui est celui de la chambre chez l’habitant. Le but du site est de réunir l’offre et la demande en y apportant un côté convivial et en proposant au voyageur de réserver en ligne chez le particulier comme il le ferait pour un hôtel.

Comment est né Bedycasa ?

L’idée m’est venue lorsque j’étais adolescente, suite à un échange scolaire en Angleterre. J’ai réitéré cette expérience du séjour chez l’habitant tout au long de mes études puis lors de mes séjours professionnels. Lorsque je rentrais le soir à ma chambre d’hôtel, je ressentais en effet une certaine frustration de ne pas pouvoir rencontrer des locaux. Je ne trouvais pas non plus normal que voyager coûte si cher et je voyais dans cette formule une possibilité de rendre accessible le voyage tout en étant immergé dans la culture du pays. J’ai d’ailleurs rencontré énormément de voyageurs qui ressentaient le même besoin. C’était donc une évidence : il fallait créer un outil rassemblant toutes ces offres et permettant à ceux qui recherchent ce type d’hébergement de pouvoir échanger afin « d’humaniser » l’offre locative.

Comment est constituée ton équipe ?

13 personnes travaillent chez BedyCasa, 4 à la technique, 4 au développement des zones commerciales et au service clients, 3 à la direction générale et à la finance et 2 à la communication.

Quelles sont les spécificités de Bedycasa par rapport à ses concurrents (Airbnb, Wimdu, Sejourning, etc.) ?

Hormis un moteur de recherche puissant, des services et fonctionnalités innovants comme la géolocalisation, la gestion et synchronisation de son calendrier, BedyCasa propose surtout un service de qualité,  une offre structurée et qualifiée car il nous a paru essentiel  de conserver des valeurs humaines et de proximité afin d’éviter de tomber dans les schémas un peu complexes des multinationales qui accentuent indéniablement l’anonymat.

Plus généralement, nous souhaitons changer le regard que les personnes ont sur le voyage. Transformer ce voyage commercial en un voyage expérientiel où la rencontre et l’humain sont au cœur du séjour permettant au voyageur de rentrer avec des souvenirs mémorables liés à des rencontres qu’il aura faites durant ce séjour. En cela, et via le logement chez l’habitant, nous souhaitons démocratiser le voyage en le rendant plus accessible mais également plus authentique et plus juste pour les populations locales qui peuvent ainsi également en bénéficier.

Actuellement le site Bedyca n’est pas optimisé pour les mobiles, un site ou une application à venir ?

Oui, on y travaille !

En quoi consiste l’opération Tour du monde chez l’habitant ? Quelles retombées en 2013 ?

Faire partir 2 personnes faire le tour du monde en visitant les familles du réseau BedyCasa et en relatant leurs périples via des vidéos postées toutes les semaines. Les internautes participent à leur aventure en leur lançant des défis et en répondant à des quiz culturels. Ils peuvent gagner différents cadeaux.

Retombées 2013 :

  • 200 000 likes générés indirectement sur les murs des participants ;
  • 5 000 candidats au grand casting ;
  • une audience multipliée par 3 ;
  • 12 000 inscrits totaux.

Qui sont ces voyageurs Bedy ?

Quel est le profil type du voyageur chez Bedycasa (âge, profession, motivation de séjour, etc.) ?

Il n’existe pas de profil type du voyageur chez BedyCasa en termes d’âge ou de profession mais plutôt en termes d’état d’esprit. Le voyageur Bedy recherche à la fois un désir de liberté tout en étant considéré dans le pays de destination. Il souhaite découvrir autre chose que ce qu’il a l’habitude de visiter, souhaite rencontrer des gens sur place disposés à lui montrer les recoins sympas de leur région non inscrits dans les guides.

Dirais-tu que c’est une clientèle différente de l’hôtellerie traditionnelle ?

Oui, clairement ! La clientèle de BedyCasa vient séjourner pour des raisons différentes en comparaison aux voyageurs d’affaire. Les voyageurs BedyCasa réservent des chambres chez l’habitant (familles, d’accueil ou chambres d’hôtes également) principalement pour des raisons sociologiques et économiques. Plus de 50% d’entre eux se déplacent dans une ville pour faire un stage de formation, passer un examen ou encore pour aller rejoindre un proche en ville ou assister à un évènement. Ces voyageurs recherchent un point de repère sur place dans une ville qu’ils connaissent peu ou mal. C’est un nouveau type de tourisme qui correspond à un besoin d’ordre ‘pratico-économique’ en y ajoutant une couche culturelle et sociale très forte !

Quels sont les comportements de réservations spécifiques à la location de vacances sur BedyCasa (anticipation de séjour, dernière minute, longueur moyenne des séjours, etc.) ?

Les voyageurs réservent en moyenne 8 jours avant leur séjour. Nous avons de plus en plus de dernière minute. Moi-même, je fais partie des toutes dernières minutes et cela me convient très bien ! Les hébergeurs sont de plus en plus réactifs ! La moyenne de durée de séjour est de 4,3 nuits.

Ne nous le cachons pas, la location de vacances répond avant tout à une économie de marché. Reste-t-il de la place pour les valeurs du partage ? Car finalement ce n’est qu’un argument marketing sachant que c’est avant tout le rapport qualité / prix qui motive le voyageur ?

De notre côté, pour le vivre de l’intérieur (je voyage sur tout le réseau BedyCasa et je me rends à Paris chez l’habitant 2 fois/mois) et pour avoir des feedbacks quotidiens avec nos clients au téléphone, je peux assurer que la grande majorité recherche du lien social et culturel (bien entendu conjointement à l’économie) avant tout côté voyageur mais aussi côté hébergeur. J’ai énormément d’anecdotes à partager. Je n’ai pas encore trouvé le temps de les écrire mais à chaque nouvelle rencontre, c’est une histoire différente, un enrichissement personnel, un lien particulier qui nous fait grandir. C’est particulièrement marqué chez les chambres chez l’habitant. Ce n’est évidemment pas la même chose quand il s’agit de louer des appartements où l’habitant n’est pas présent. De notre côté, nous assumons pleinement cette différence (mettre en avant l’habitant).

Qui sont ces hébergeurs Bedy ?

Qu’est ce qui motive les hébergeurs à vous confier leur location ? Quelles relations entretenez-vous avec eux ?

D’une manière générale, l’intérêt financier compte beaucoup pour les hébergeurs. Car souvent, cela va leur permettre d’arrondir leur fin de mois, pour souscrire à un prêt, payer les études de leurs enfants, s’offrir des sorties, payer leurs factures. Bref c’est vraiment pour certains devenu une nécessité.

Les hébergeurs viennent chez nous car nous leur apportons une sécurité et un service personnalisé de qualité et à taille humaine. Le site est également très ergonomique et facile d’utilisation. Quand un hébergeur reçoit un message lié à une réservation sur son compte, il est automatiquement prévenu par texto sur son smartphone. Il a également la possibilité d’ajouter des promotions de 10 à 70% quand il le souhaite dans les périodes creuses mais également des tarifs spéciaux en fonction des saisons et des évènements. Il peut promouvoir son annonce auprès des voyageurs du site grâce à notre outil “alerte voyage”. Il peut également utiliser notre fonctionnalité “pré-acceptation” lorsqu’il reçoit un message avec des dates de réservations ce qui augmente de 30% ses chances de réaliser la réservation. Il peut enfin demander à ce que l’équipe ou un ambassadeur vienne le visiter, il bénéficiera alors d’un commentaire de l’équipe et du lien “visité par + prénom”. Je peux également les visiter moi-même et apposer un commentaire. Je me prends en “selfie” avec eux ce qui augmente également très nettement leur taux de demandes de réservations. Au bout de 3 commentaires liés à une réservation, l’hébergeur recevra le label communautaire “World Family” qui le fera monter dans le moteur de recherche. Il peut également ajouter des services supplémentaires comme des cours de langues, des repas, des visites qu’il peut facturer (en restant raisonnable) au voyageur.

Enfin, il peut nous appeler 7 jour sur 7 sur un numéro local !

L’environnement réglementaire et concurrentiel : du rêve au cauchemar ?

L’hébergement professionnel est soumis à de nombreuses contraintes (sous-location, déclaration de revenus, normes d’hygiène et sécurité, responsabilité civile, charges sociales). La location de vacances chez l’habitant peut être perçue comme une concurrence déloyale. L’économie collaborative est en marche et paraît inéluctable. Dans ce contexte, comment réglementer et réguler le marché ?

Il est important de différencier :

  1. Le marché de la location saisonnière qui concerne les résidences secondaires et où les propriétaires sont souvent perçus comme des professionnels du fait de louer pour des montants élevés surtout en période estivale (ils gagnent entre 7 000€ et 35 000€ à l’année). Leur objectif étant le taux de remplissage.
  2. La location de chambres d’hôtes souvent en résidence principale et encadrée par la législation française. Là aussi, le propriétaire est souvent assimilé à un professionnel car il en vit (ou en tout cas, essaye d’en vivre).
  3. La location d’appartements entiers touristiques en résidences secondaires qui est clairement assimilée au marché de la location saisonnière et donc de meublée.
  4. Et enfin la location de chambres chez l’habitant.

Cette dernière activité est particulièrement éloignée des autres. Les hébergeurs qui louent une chambre chez eux le font évidemment pour arrondir leurs fins de mois mais aussi pour recréer un lien social. Ils gagnent en moyenne 50€ par mois, ce qui est très loin des revenus hôteliers et de ceux des propriétaires de locations saisonnières. Étant donné que c’est un marché en pleine croissance et que la presse en a énormément parlé et a également confondu chambres chez l’habitant et locations saisonnières, il en est donc résulté une confusion de genres dans la tête du consommateur. J’ai personnellement rencontré le 1er Ministre il y a quelques semaines qui m’a confié vouloir pousser cette activité. Le ministère a conduit une étude auprès de BedyCasa il y a quelques mois (qui sortira à priori cet été) pour mieux connaître cette nouvelle activité. Il nous ont rappelé qu’ils se rendaient bien compte de la différence de marchés, de cibles et de revenus des deux activités et qu’il n’était pas question d’apporter plus de contraintes à ce nouveau marché.

Y-a-t-il encore de la place pour l’entrepreneuriat français dans l’e-tourisme face aux Américains du secteur qui semblent s’imposer ?

Oui évidemment et notre croissance le prouve ! Nous avons réalisé en 1 mois ce mois-ci ce que nous avions mis 1 an à réaliser il y a 3 ans avant notre financement d’amorçage ! Nous avons dépassé les 100 000 nuitées réservées sur le site et ce soir, 115 personnes dormiront chez l’habitant, dans des logements Bedycasa, soit 16 fois plus qu’il y a 3 ans ! De plus, nous nous sommes clairement différenciés ces derniers mois et nous nous positionnons bien plus sur la chambre chez l’habitant, famille d’accueil, b&b et chambre d’hôtes avec habitant présent !

Merci Magali pour cette riche interview ! Que la location chez l’habitant avec Bedycasa continue encore et toujours de nourrir ce joli rêve français.

[édit du 21/03/2014] Une super interview vidéo de FrenchWeb par Olivier Harmant

Bedycasa : l’incarnation du rêve français dans l’économie collaborative du tourisme
5 1 vote
  • Brigitte

    Je suis très étonnée par cette approche du 1er Ministre (aussi relayé dans la consultation publique « tourisme grande cause nationale » où l’on demandait carrément si l’on était pour le développement du logement chez l’habitant). alors que l’on refuse de donner (et l’on ne mentionne dans aucun discours) un statut pour les chambres d’hôtes au titre d’hébergement marchand.
    Certaines valeurs défendues par Magali, sont déjà l’essentiel des chambres d’hôtes qui il est vrai se professionnalisent de plus en plus (charges sociales, investissements, et donc recherche de revenus).
    Je comprends tout de même son objectif de proposer à ceux qui ont un budget plus restreint, une autre solution d’hébergement.

  • Tang Jacques

    C’est un peu dommage que Magali ne nous est pas explicité mieux les profils des clientèles usant de son offre. Dire que c’est pour des raisons sociologiques et des conditions économiques me semble être une réponse un peu courte. Un peu comme décrire les vacances en camping en été comme une offre pour une clientèle familiale. A venir dans un prochain papier, j’en suis sûr! Je partage .

  • Magali Boisseau Becerril

    Bonjour Jacques,
    Les profils de BedyCasa ne se cantonnent pas à une catégorie sociale ou à une tranche d’âge ni même à une culture; nous orientons notre communication également dans ce sens afin de permettre à un maximum de personnes d’ouvrir leurs portes et de voyager autrement, en étant plongé chez l’habitant, seule véritable façon de bien connaître une culture. En visitant les hébergeurs de BedyCasa, je me rends compte moi-même que les profils sont très larges et que les deux aspects économiques et sociaux sont les principaux facteurs clés de cette activité. Je l’ai donc souligné dans cet article selon les chiffres mais également selon mon expérience personnelle. A très bientôt et merci pour le partage!

  • Magali Boisseau Becerril

    Bonjour Brigitte; merci beaucoup pour votre implication. Vous avez tout à fait raison sur les chambres d’hôtes; à l’origine, ce sont des chambres chez l’habitant qui ont évolué et qui se sont professionnalisées. Si certains propriétaires et voyageurs sont satisfaits de cette ‘professionnalisation’, ce n’est pas le cas pour d’autres qui ont vu dans les dernières législations, un nombre trop importants de contraintes qui ont conduit les chambres d’hôtes à parfois s’éloigner des valeurs premières de cette activité…Concernant le statut, la loi du 15 avril 2006 établit la définition des chambres d’hôtes (revus ensuite sous différents décrets) où l’on peut effectivement constater qu’il s’agit de chambres situées chez l’habitant assorties de petit-déjeuners et qui ne peuvent excéder 5 chambres (http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=18555F6E49339386777FC8DA3D223A57.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000006813153&cidTexte=LEGITEXT000006074073&categorieLien=id&dateTexte=20140319) ; Chez BedyCasa, nous tentons de bien différencier les deux catégories car même si dans la théorie, les chambres d’hôtes et chambres chez l’habitant sont la même chose; dans la pratique, cela est bien différent; l’usage n’est pas le même; les voyageurs sont bien plus exigeants quand ils séjournent en chambres d’hôtes qu’en chambres chez l’habitant. Suite à notre proposition, le ministère a voulu approfondir notre marché et a conduit une vaste étude auprès de tous les acteurs impliqués dans la mise en relation entre voyageurs et hébergeurs/propriétaires de locations chez l’habitant. On verra si cela se transforme en actions. De notre côté, nous avons bien sensibilisé les différentes parties prenantes de la nécessité de ne surtout pas imposer plus de contraintes mais plutôt de tenir compte des réalités ‘terrain’ et du quotidien des propriétaires/hébergeurs ainsi que des différences relatives à ces nouveaux types d’hébergements alternatifs. Je reste et resterai personnellement tes engagée. Si vous souhaitez vous impliquer à nos côtés, faites-moi signe :) Merci à vous.

  • sidali messaoud

    Salut, ayant participé plusieurs fois à la location par le biais de votre enseigne et je la trouve vraiment convenables pour les « petits » touristes. à travers mon intervention, je voulais savoir si je peux collaborer avec mon appartement T4 situé sur la côte ouest à 30 km d’alger, équipé de toutes les commodités y compris la wifi. merci de votre réponse